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IPAR : Initiative prospective agricole et rurale
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LE SENEGAL A L'HORIZON 2030 |
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D'une société paysanne à une société urbaine ? |
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LE PROJET IPAR1 - Justification : la nécessité d'une prospective agricole et ruraleDans un monde de plus en plus complexe et interdépendant, le besoin de penser lavenir, dessayer de le maîtriser, de faire des choix est une nécessité pour les Etats, pour les populations et pour les grandes organisations publiques et privées. Ce besoin est encore plus pressant pour des populations qui ont connu la traite des esclaves et la colonisation et qui doivent, du fait de celle-ci, sinventer « une commune volonté de vie commune » (Leopold Sedar Senghor). Lindépendance qui est une volonté de créer et de se voir reconnaître une identité nationale est aussi une revendication de développement économique et social. Depuis 1957, avec lacceptation dune autonomie nationale, tous ceux qui ont eu à diriger le Sénégal ont obéi à la nécessité délaborer, de proposer et de partager leur vision avec les citoyens. Cest ainsi que différentes réflexions ont été menées par les pouvoirs publics et des perspectives à long terme tracées aux Sénégalais. 1.1. Les réflexions prospectives passées La première réflexion a été le travail très fouillé denquêtes de terrain, danalyses et de planification mené entre les années 1958 et 1960, sous légide du premier Président du conseil de gouvernement et qui a débouché sur lélaboration de perspectives de développement à long terme (25 ans) et sur le premier plan de développement économique et social 1961-1964. La création dun Etat, avec une administration du développement et la libéralisation de lexploitation coloniale, avec la sortie de léconomie de traite arachidière en vue dun développement socialiste, en étaient les options principales1. La deuxième moins structurée, constituée de discours et de différents travaux de réflexion par le premier Président de la république visait le décollage économique du Sénégal et son entrée dans la société industrielle à lhorizon 20002 . Elle ne remettait pas en cause loption socialiste. La troisième menée sous légide du deuxième Président de la république a été une étude plus conforme aux méthodologies en vogue de réflexion prospective conduite par des experts et intitulée « Sénégal 2015 »3 . Cette réflexion sur le Sénégal et son environnement et sur le champ des futurs possibles était surtout une tentative de sortie de lajustement structurel et dadaptation de léconomie sénégalaise à la libéralisation et à la mondialisation. La quatrième menée, à partir de 2000, par le troisième Président de la République est un mélange de discours sur le Sénégal émergent, dinitiatives personnelles, Plan Omega, et de réflexions stratégiques et prospectives structurées : Document de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté4 , Stratégie de croissance accélérée5 , le Sénégal à lhorizon 2025. Elle propose une vision dun Sénégal émergent basé sur le développement des services et dune agriculture dentreprise. Elle est dorientation libérale, mais nhésite pas à sappuyer sur le volontarisme et même le dirigisme dEtat par certains aspects. Notons par ailleurs que plusieurs exercices de prospective et de planification stratégique par secteur ont été réalisés par les ministères techniques : Industrie, Femme, éducation, santé, etc. Malheureusement, le Sénégal nest toujours pas sorti de léconomie de rente. Dakar nest pas comme Paris, le delta du fleuve Sénégal nest pas devenu la Californie du Sénégal et léconomie est loin dune économie émergente. Au contraire, le Sénégal a glissé dans le groupe des pays les moins avancés en 2001 et son classement dans lindice du développement humain nest pas flatteur : 156è sur 177 pays en 2006. La pauvreté, linsécurité alimentaire des ménages et lanalphabétisme restent des caractéristiques essentielles de la société sénégalaise. Tableau 1 : Evolution de la pauvreté au Sénégal
Dautres études prospectives ont été menées sous légide dinstitutions sous régionales, continentales et internationales telles le CILSS, la CEA, lOUA, la BAD, lOCDE, lInstitut des futurs africains, la FAO, la BM., etc6 ., qui portent sur lavenir des pays du Sahel, de lAfrique de lOuest et du continent. Des présidents africains ont aussi proposé à leurs collègues leurs visions de lAfrique (plan Omega et Renaissance africaine) qui ont été fusionnées pour donner le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de lAfrique dont le PDDAA adopté par lUnion africaine. Ainsi, depuis lentrée, au début des années quatre vingt, de la quasi-totalité des pays dAfrique au Sud du Sahara dans les politiques dajustement structurel pilotées par le FMI et la Banque mondiale, on note une floraison dexercices prospectifs, non plus au niveau des pays, mais aux niveaux des sous régions et du continent. Les premières réflexions ont concerné les pays sahéliens frappés par la sécheresse et devant assurer leur sécurité alimentaire et gérer durablement les ressources naturelles. Les principales préoccupations sont, aujourdhui, dexplorer les possibilités pour lAfrique de sortir de la pauvreté et du sous développement et de sengager dans des politiques libérales de développement. Lintégration positive de lAfrique dans une économie mondiale libérale est devenue la préoccupation principale des décideurs. Toutes ces études, comme celles au niveau sénégalais, ont eu peu dinfluence sur les politiques de développement mises en uvre par les gouvernements successifs, en particulier pour le secteur agricole et rural. La coopération française en a tenté récemment le bilan (MAE, 2000, Vol 1 ,Vol 2). Celui-ci mérite dêtre approfondi. Soulignons ici quelques éléments qui expliquent leur faible impact sur les décideurs et sur lévolution des pays. Dans des Etats nations créés artificiellement et multi ethniques, le système du partiEtat clientéliste a été le régime politique dominant avec son cortège de coups détat militaire. La majorité des pays africains sont touchés par des conflits internes. La patrimonialisation de lEtat a été presque partout la règle. Celui-ci na pas joué son rôle de régulation, de défense de lintérêt public, ni darbitre entre les intérêts particuliers. Si des progrès réels ont été obtenus en matière de démocratie et de respect de lEtat de droit, il ny a pas de consensus sur leur contenu concret et les modalités pratiques de mise en uvre. La légitimité de lEtat est souvent mise en doute. Certains auteurs nhésitent pas à parler dune confiscation de lEtat par les élites8 . La reconversion des économies extraverties, basées sur lexploitation de la rente foncière sest révélée beaucoup plus difficile que prévue. Les handicaps liés à labsence et à linsuffisance des infrastructures physiques, éducatives, sanitaires, etc. ont été sous estimés. Les populations nont pas pu ou nont pas su sapproprier les visions proposées den haut par les nouvelles élites. La nécessité de la définition dune nouvelle vision est aujourdhui encore plus pressante. Le monde se transforme à un rythme de plus en plus rapide et lécart entre pays développés et pays émergents dune part, et pays sous développés, particulièrement ceux classés dans le groupe des PMA, dautre part, se creuse. Les exercices menés aux niveaux sous régional et continental ont peu de chance de faire bouger les choses sils ne sont pas la synthèse des exercices menés au niveau de chaque pays et si les peuples ne participent pas à leur élaboration. Le Sénégal a donc besoin de définir sa propre vision pour contribuer à la définition dune vision ouest africaine et africaine. Il a aussi des raisons spécifiques pour cela. Plusieurs exercices ont été menés dans le passé. Nous ne partons pas dune table rase. Le Sénégal a eu la chance de navoir pas connu de coup détat, ni de guerre civile. Lislamisation massive de la société et son organisation en confréries ont, sans doute, permis une régulation socio politique. Les élites politiques ont su aussi, dans les moments de crise, procéder à des réformes permettant des avancées démocratiques, même limitées : multipartisme, décentralisation, avancées sur les droits de lhomme, progrès en matière dégalité des genres. Il y a cependant lexception de la rébellion casamançaise qui dure depuis plus de vingt ans. Un minimum de lien social existe entre toutes les composantes du pays, même si certains peuvent penser que cela a permis de différer certaines ruptures, à travers la persistance de léconomie de rente, le clientélisme politique, lajustement structurel de léconomie, la montée des inégalités, lélargissement du fossé villes/campagnes, etc. En réaction à toutes ces impasses, la société civile sorganise et saffirme. Les agriculteurs et les ruraux se sont aussi organisés pour défendre leurs intérêts et influencer les politiques les concernant. Il est donc possible de mener une réflexion qui nexclut personne. Une opportunité se présente. La situation macro économique est bonne et les finances publiques ont été assainies. LEtat, avec lappui des partenaires au développement a retrouvé des capacités réelles dinvestir. Ces partenaires eux-mêmes conviennent quil leur faut accroître laide publique au développement et en priorité leurs investissements dans lagriculture et le monde rural9 . Les transferts des émigrés sont équivalents ou supérieurs à laide publique au développement et pourraient être mieux orientés vers des investissements privés. Les conditions sont donc réunies pour sengager dans la transformation radicale de lagriculture et des conditions de vie en milieu rural. LIPAR propose une démarche prospective en prenant pour porte dentrée lagriculture et le monde rural pour plusieurs raisons. La plus évidente est que le Sénégal est encore un pays agricole et rural. Soixante onze pour cent de la population vit délevage, dagriculture, de pêche et dexploitation des ressources forestières. Malgré une urbanisation rapide, la moitié de la population vit toujours en milieu rural. Dans la majorité des villes, lagriculture est la première activité économique. La transition démographique amorcée ne saccompagne pas dune transition agricole répondant aux demandes sociales des populations. Au contraire, les changements économiques se caractérisent par une exclusion ou une marginalisation de populations de plus en plus nombreuses des activités économiques, populations en majorité agricoles, rurales, jeunes et peu éduquées. Cest donc les secteurs agricole et rural qui génèrent les problèmes les plus graves pour lavenir du Sénégal. Il y a unanimité au sein des spécialistes du développement sur la nécessité dune croissance économique élevée, reposant sur une large base pour vaincre la pauvreté et linsécurité alimentaire. Le choix dune porte dentrée agricole et rurale nest donc pas une sous estimation des autres secteurs, en particulier de léconomie urbaine. La pauvreté est un phénomène largement rural et agricole. Seule une croissance agricole élevée concernant la petite agriculture familiale est à même de se traduire par une réduction rapide et durable de la pauvreté. Les désarticulations entre lagriculture et les autres secteurs économiques, entre le rural et lurbain dont lindicateur le plus pertinent est la dépendance alimentaire des populations urbaines par rapport aux importations, sont une des questions essentielles à traiter. La réflexion prospective ne pourra pas se dispenser danalyser les autres secteurs et les politiques les concernant, ni se poser la question de lEtat. Le Sénégal est face à des défis complexes et multiples qui ne pourront être résolus que dans le long terme et qui justifient donc des analyses approfondies et une projection dans lavenir, sur une ou plusieurs générations. Les défis les plus importants concernant les secteurs agricole et rural sont examinés ci-après. 1.2. Une agriculture dans limpasse Lagriculture sénégalaise connaît une crise structurelle qui dure depuis lindépendance du pays en 1960. La crise est flagrante lorsquon analyse lagriculture par rapport à ses cinq fonctions principales : nourrir les populations, assurer des revenus aux paysans, exporter pour assurer des devises à léconomie nationale, créer des emplois et préserver les ressources naturelles. Tableau 2 : Evolution des caractéristiques des exploitations agricoles familiales
Lagriculture ne permet plus de nourrir plus les populations La situation alimentaire du Sénégal sest dégradée de façon continue depuis 1960. Le phénomène connaît une accélération ces dernières années. Le Sénégal accroît ses importations alimentaires pour les besoins de la population urbaine et rurale. Le taux dautosubsistance céréalière est tombé en dessous de 50 %. Le Sénégal est par tête dhabitant, le pays le plus dépendant sur le plan alimentaire en Afrique de lOuest. Cette dépendance est une hypothèque sur ses capacités dinvestissement et donc de développement. Graphique 1 : Evolution des productions céréalières par habitant ![]() Source : DPS, 2006 La production céréalière ne suit pas la courbe de la croissance démographique. Alors que la population totale a augmenté régulièrement passant de trois millions en 1960 à plus de 11 millions en 2005 , la production céréalière par habitant a régulièrement baissée. Les graphiques ci-après sur lévolution des importations alimentaires sont suffisamment parlants. La production locale de riz couvre à peine 20 % des besoins et le blé est à 100 % importé, installant le pays dans une dépendance alimentaire préoccupante. Graphique 2 et 3 : Evolution des importations alimentaires au Sénégal : 1962 - 2004 ![]() ![]() Graphique 4 et 5 : Evolution des importations ![]() ![]() Lagriculture nassure pas aux agriculteurs et aux ruraux les revenus nécessaires Larachide est la production agricole qui traditionnellement assure les revenus les plus importants aux agriculteurs et aux ruraux. Avec la crise arachidière, les revenus des producteurs poursuivent leur tendance baissière. Les revenus tirés de larachide dans les régions productrices darachide ont chuté de 73% à 48% durant ces quinze dernières années. Principale source de devises pour le pays au cours des années 1960-1970, les produits arachidiers ne représentent plus que 4 % des exportations entre 1993 et 2003. Les exportations darachide ont rapporté 61 milliards en 2001 et 17 milliards en 2005. Pourtant, les paysans ont fait des efforts importants dadaptation à la sécheresse, à la libéralisation des marchés et à la raréfaction des terres (Faye, op.cité). Pour la grande majorité dentre eux, les activités non agricoles rurales, urbaines et à lémigration sont devenues structurellement indispensables à leur survie. La Banque mondiale estime les transferts officiels et non officiels des émigrés à environ un milliard de dollars US par an (Morrisset, op. cité). Dans le sous secteur de la pêche, la surexploitation des ressources se traduit par une baisse importante des prises et des exportations. Le sous secteur de lélevage doit faire face aux importations de volaille dEurope, de moutons de Tabaski des pays voisins et récemment de viande de buf dInde et du Brésil ce qui réduit fortement les revenus monétaires des populations concernées. Graphique 6 : Exportation produits de rente 1962-2005 ![]() Graphique 7 et 8 : Evolution de prises dans la pêche et des exportations ![]() ![]() ![]() ![]() Le défi de lemploi des jeunes ruraux La population du Sénégal devrait atteindre entre seize et dix sept millions de personnes à lhorizon 202511 . Cette population est jeune, en majorité agricole et sans formation. Dans le futur proche, plus de deux cent mille jeunes vont se présenter chaque année sur le marché du travail dont une majorité appartenant à des familles agricoles et rurales et donc très peu préparés à transformer les systèmes de production agricoles ou à entrer dans léconomie non agricole, urbaine en particulier. Graphique 9 : Cohorte à insérer professionnellement ![]() Lagriculture devra continuer à en absorber la majorité, mais léconomie non agricole doit se préparer à en absorber une part de plus en plus importante. Relever ce défi de lemploi des jeunes dépendra de la capacité des acteurs politiques et économiques à assurer une transition agricole génératrice demplois. Cette transition sera basée sur une intégration de plus en plus forte de léconomie urbaine et de léconomie agricole, sur des gains continus et élevés de productivité améliorant les revenus des ruraux et donc augmentant leur capacité dinvestissement. Elle devra offrir aux consommateurs urbains des produits agricoles transformés répondant à leurs besoins et à leur pouvoir dachat. Elle devra également fournir à lindustrie des matières premières agricoles en contrepartie de services et dintrants agricoles. La capacité de lEtat à concevoir et mettre en uvre des politiques avec la participation de lensemble des acteurs sera essentielle. Des ressources naturelles surexploitées et en dégradation continue La baisse de la pluviométrie, lérosion éolienne, la salinisation, lacidification, le déséquilibre dans la répartition spatiale de la population agricole, les pratiques agricoles inappropriées constituent autant de facteurs qui concourent à la dégradation des terres, des pâturages et des ressources halieutiques. La pression sur les ressources forestières, en grande partie pour satisfaire les besoins en bois de service et en énergie (90 % des besoins énergétiques des ménages) des populations urbaines et rurales, et les politiques étatiques favorables à la colonisation agricole ont réduit le potentiel ligneux de 9,2 % entre 1985 et 1995 12. Dans ce contexte, les performances de lagriculture en termes de production nont pas répondu aux attentes. Globalement, les surfaces cultivées ont peu varié. Elles ont augmenté de 3,9 % entre 1960\70 et 1970\80 puis baissé de 4 % entre 70\80 et 80\94. Les principales cultures ont évolué dans un sens inverse : régression de larachide sauf dans la partie sud, progression des céréales (mil\sorgho, maïs, riz paddy), du coton et du niébé. Cest là une rupture importante dans les stratégies de production des agriculteurs qui privilégient la sécurité alimentaire de leurs familles. Cette rupture saccompagne dune diversification des productions dans toutes les régions agricoles en réponse aux changements climatiques, à la saturation foncière, aux demandes des marchés urbains et au faible investissement en travail et en intrants. Des exportations agricoles peu diversifiées et en baisse Les exportations agricoles reposent sur cinq grands produits : les produits halieutiques, les produits à base de phosphates, larachide, le coton et les produits horticoles. Elles sont principalement orientées vers les pays européens. Elles sont globalement en baisse et se traduisent par une diminution des recettes en devises. Larachide contribuait dans les années 1960 à 60% du PIB agricole et 80% des recettes dexportation. Entre 1980-1983 et 2000-2003, les exportations des produits de lagriculture vivrière et industrielle représentent respectivement 0,24% et 0,38% des exportations totales. Les stratégies préconisées par les partenaires au développement et la stratégie de croissance accélérée prônée par le gouvernement actuel sont essentiellement basées sur la promotion des exportations. Comme le suggèrent des études récentes (IFPRI, 2006)13, on peut se demander si une stratégie de reconquête du marché national des produits alimentaires et une stratégie dexportation de produits alimentaires sur les marchés ouest africains et africains ne serait pas plus efficace et plus porteuses davenir pour le Sénégal. Les importations alimentaires augmentent régulièrement sur ces marchés et le Sénégal devrait pouvoir, en fonction de ses avantages comparatifs, conquérir une part de cet énorme marché alimentaire. Les organisations paysannes posent de plus en plus ce débat en terme de souveraineté alimentaire et donc de protection du marché des produits alimentaires de la sous région et de soutien aux filières alimentaires. Graphique 10 : Evolution de la part de lagriculture dans la valeur des exportations ![]() Source : DPS, 2005 1.3. Les défis de la citoyenneté rurale La comparaison entre populations urbaines et populations rurales concernant laccès aux infrastructures et aux services publics montrent des écarts très importants. Ceci donne aux ruraux, particulièrement aux jeunes, le sentiment dêtre des citoyens de seconde zone, exclus de la modernité. Lexode rural de plus en plus massif trouve là une partie de ses causes. Laccès aux services publics (éducation, formation, santé, état civil, etc.) et aux infrastructures publiques (routes, marchés, eau, électricité, téléphonie, etc.) est un facteur décisif dans lamélioration de la productivité des exploitations agricoles. Historiquement, cest dans le bassin arachidier que les investissements en infrastructures ont été réalisés pour permettre lévacuation de la graine darachide et pour le commerce des produits importés. Les autres régions qualifiées de régions périphériques sont restées enclavées et donc marginalisées alors quelles ont souvent un plus grand potentiel agricole. Les politiques daménagement du territoire nont pas sérieusement modifiées ces inégalités. Au contraire, la population saccumule de plus en plus le long du littoral et Dakar, la capitale hypertrophiée, concentre un quart de la population, ce qui fait du Sénégal un pays enclavé au sein de lAfrique de lOuest. Laccès aux infrastructures et aux services publics est aussi une question déquité entre citoyens dun même pays. La politique de décentralisation, surtout à partir de 1972, avec la loi créant les communautés rurales, était supposée réduire le fossé entre les ruraux et les citadins et permettre aux premiers de participer à la gestion de leur collectivité de base. Cela na pas réduit les écarts. Le code des collectivités locales a accru les domaines de compétence transférés aux communautés rurales. Mais celles-ci nont pas été alignées sur celles des communes urbaines. La question des ressources humaines et des ressources financières est restée entière. La réforme foncière promise depuis 1994, dans le cadre du PASA, est toujours en suspens ce qui, dans la pratique, fait des ruraux les seuls citoyens à ne pas avoir de droit foncier réel sur les terres quils mettent en valeur alors quil sagit de leur principal facteur de production. Les agriculteurs et les ruraux étaient regroupés dans des organisations encadrées par lEtat et ladministration. Avec les sécheresses et lajustement structurel, ils ont essayé de développer des organisations autonomes pour défendre leurs intérêts. Mais, leur influence sur les politiques publiques est loin de correspondre à leur poids démographique. 1.4. Les implications en termes de réflexion prospective La prospective est dautant plus utile que la transition démographique se dessine dans un contexte historiquement unique. Comparé à lEurope et aux pays dAsie, cette transformation profonde de la société sénégalaise va se faire dans un temps très court, quelques dizaines dannées, dans un contexte de libéralisation de léconomie mondiale, enfin dans un contexte de croissance démographique élevée et où les migrations comme soupape de sécurité deviennent de plus en plus difficiles. Il nest donc plus possible de raisonner simplement en terme de rattrapage comme le font les politiques nationales et le NEPAD. Le Sénégal doit imaginer et tracer son chemin et non copier le chemin suivi par les pays développés. Il ne peut le faire isolément. Son marché est trop étroit. Il faut donc raisonner au niveau de la sous région et en terme dintégration économique. Le choix de lagriculture et du monde rural comme porte dentrée simpose. Mais, la réflexion devra sélargir forcément au monde urbain et à lensemble des secteurs économiques et sociaux. Mieux reconnecter économie agricole et rurale, et économie urbaine est un des problèmes à résoudre. Mettre en cohérence les politiques agricoles et les politiques concernant les infrastructures et les services publics, lénergie, la décentralisation, etc. est indispensable. La nécessité dune prospective indépendante et participative simpose par rapport aux expériences passées et à la complexité des problèmes. Il faut une réflexion la plus ouverte possible, dont les seules limites seront celles de lexpertise mobilisée et de la participation des acteurs concernés. Aucune question, même les plus difficiles, ne doit être exclue et la réflexion doit reposer sur les faits, les chiffres et la confrontation des analyses et des idées. La question de lEtat en tant quarbitre entre les intérêts particuliers et garants de lintérêt public a presque toujours été exclue ou sous estimée dans les réflexions passées. Elle est pourtant une question centrale. Si on doit se demander comment sortir dune économie de rente, on doit aussi se demander comment sortir dun système politique clientéliste. Aucune institution publique ou privée ne doit donc canaliser la réflexion afin que tous les Sénégalais puissent sy retrouver quelque soient leurs choix. La réflexion doit être participative. Il faut sortir dune démarche dexperts qui, à la fin de leurs travaux, présentent aux populations le fruit de leurs cogitations comme un produit à prendre ou à laisser. La démarche proposée est donc un travail animé par des experts principalement mais pas exclusivement nationaux. La diaspora et ceux qui sintéressent au Sénégal seront sollicités. Les communautés paysannes qui vivent ces situations au quotidien contribueront également à ce travail de réflexion à travers leurs organisations. Lexercice se fera dans la plus grande transparence et les non spécialistes pourront suivre « en temps réel », questionner, critiquer, apporter leurs contributions et sapproprier le résultat final. Cela signifie que lambition de lIPAR nest pas dimposer une vision du Sénégal à lhorizon 2030, mais damener dabord les citoyens, quelque soit leur place dans la nation, à se poser des questions sur leur futur et à débattre des réponses. Lambition proposée aux participants est de construire ensemble une vision de lavenir. LIPAR veut développer une dynamique incluant tous les acteurs du secteur agricole et rural et permettre le renforcement des capacités de tous les participants à cette initiative. Pour ce faire, lIPAR fonctionne en réseau, diffuse de linformation, organise des débats. Des personnes ressources seront sollicitées et des partenariats seront établis avec différentes institutions publiques et privées, nationales et extérieures. 1.5. Létat de la réflexion au sein de lIPAR Linitiative IPAR a été préparée au cours de lannée 2006. Une petite équipe a été mise en place pour animer le processus. Des réunions entre les membres de lIPAR et léquipe ont permis davancer sur la finalité, les objectifs de la réflexion prospective et sur la méthodologie. Les informations ont commencé à être collectées. Loption de création dun site internet pour permettre la mise en réseau des futurs participants, la mise à disposition et la circulation de linformation a été validée. La conception du site a pu ainsi commencer. Une réflexion, toujours en cours, porte sur le statut juridique de linitiative. Une opportunité alors présentée de participer à une étude comparative de la Banque mondiale sur « les implications structurelles de la libéralisation sur le développement rural (1950-2006) ». Létude est, en fait, une anticipation sur le diagnostic approfondi de lagriculture sénégalaise et du monde rural sur une longue période. Le choix a été fait de privilégier cette étude et de mettre provisoirement en veilleuse linitiative. Ce choix était important car il nexistait aucune étude récente sur lagriculture sénégalaise sur une aussi longue période. Des contacts plus ou moins informels ont été pris pendant cette période avec des personnes et des institutions pouvant être des contributrices importantes à la réflexion prospective. Léquipe ayant menée cette étude est plus large que celle restreinte mise en place pour préparer linitiative. Le travail fait a permis de collecter et de constituer une base de données sur les statistiques agricoles, de faire des recherches bibliographiques et de commencer à constituer la documentation indispensable à la réflexion. Une base de données bibliographiques et des documents pourront ainsi être proposés sur le site internet. Une activité de veille sur les politiques agricoles et rurales sera aussi assurée. Létude menée pour le compte de la Banque mondiale est finalisée depuis le mois de février ce qui permet de se recentrer sur linitiative IPAR. |
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